strelizias
Les strelizias, plantes d'Afrique du Sud, acclimatées sur la Côte d'Azur



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Ensemble du livre : biographie de François Nespola, 1858-1911
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Page précédente : 1885- le mariage Nespola-Bouroul, première partie. .



L'opéra et la villa "L'Africaine"


Pour résumer brièvement la documentation citée en fin de cette page :

Suite de l'histoire Nespola



1885. Le mariage, suite.



À ces paroles, Cattarina se mit à pleurer. François, inquiet, la prit dans ses bras.

- Tu ne veux pas de moi ? Tu n'es pas prête à vivre avec moi ? Tu sais, je peux attendre. Ma famille a besoin de moi à Ginestière.
- Non tu es fou ! Je pleure de joie. Depuis le temps que je t'attends. Et toute ma famille qui t'aime. Mais j'ai peur.
- Peur de moi ?
- Non mais je risque de te décevoir. Je vois comme tu aimes les enfants. Mes neveux t'adorent. Moi aussi je les adore mes neveux mais, tu sais, vieille comme je suis, je ne pourrai peut-être pas te donner des enfants.
- Cattarina, ne te fais pas de souci ! On verra bien. De toute façon, c'est toi que j'aime et nous serons heureux .. si tu n'as pas honte d'épouser un Italien, un paysan sans terre comme moi.

Pendant ce temps, Vincent tournicotait, s'affairait dans le jardin. Quand il les vit dans les bras l'un de l'autre, il ne put résister, se rapprocha et entendit les derniers mots.

- Paysan sans terre, qu'est-ce que tu dis là ? De la terre , ici ça ne manque pas. C'est les bras qui nous manque. Nous avons besoin d'un courageux comme toi .. Allez vaï, on va fêter ça dans la maison.

L'accueil fut enthousiaste mais quand Francesco reprit le chemin de la colline, sa joie se mêlait à la honte. Il allait abandonner Michele et sa mère. Le coeur lourd, il fit un crochet par Terron pour en parler à Costanza. Le soir tombait et Barthélémy rentrait juste du jardin. En voyant l'air sombre de Francesco, par discrétion, il emmena ses deux enfants dans leur chambre pour leur lire une histoire. Il était fier de savoir lire.


- Tu t'es encore fâché avec Michele ? demanda Costanza, tu as l'air sinistre. Reste manger avec nous ce soir. Demain il sera plus calme.
- Non, c'est Cattarina et moi
- Que me dis-tu là ? Qu'est-ce qui t'as pris ? Se fâcher avec Cattarina. C'est pas possible. Tu es fou, elle t'aime trop.
- Arrête de me crier dessus ! Laisse moi parler .. Cattarina et moi, nous allons nous marier.

Costanza s'arrêta de mettre la table et le regarda songeuse :


- ça alors, c'est une bonne nouvelle ! Je suis bien heureuse pour vous. Et c'est quoi ton problème ? Tu ne rayonnes pas de joie pour un futur marié. Tu es malade ? Mamma est malade ?
- Non, Mamma va bien mais je vais les abandonner et ils vont perdre Ginestière.

Costanza réfléchit un peu et essaya de rassurer Francesco.


- Ginestière, c'était foutu. Le propriétaire ne va pas attendre 10 ans de plus. Et toi, tu as le droit de faire ta vie. À vingt-sept ans, c'est normal. Ne t'inquiète pas pour Mamma, elle sera toujours la bienvenue chez nous. Et pour Michele, il trouvera bien à s'embaucher. Comme tu l'as fait toi. Les chantiers ça ne manque pas. Avec son caractère, il se fera respecter. Finalement ça lui fera du bien. Ginestière, il ne s'en sortait pas et vous deux, ça n'allait pas. Mamma se faisait du souci. Ne t'inquiète pas, elle sera contente pour toi.
- Mais pas Michele !
- Tu as raison ! Ne leur en parle pas ce soir ! Je passerai dimanche pour leur dire que mon amie rêve d'épouser mon frère. Ils le savent bien mais ils faut les préparer doucement à l'annonce du mariage.

La famille Bouroul se réjouit d'accueillir Francesco et tout s'organisa très vite. Vincent, Antoinette et leurs enfants continueraient à habiter le premier étage tandis que Francesco, Catherine et Françoise, la mère occuperaient le rez-de-chaussée. La chambre de Cattarina était trop petite pour un grand lit alors sa mère lui proposa d'échanger leurs chambres. Catherine commença par refuser. Elle était très gênée de dormir dans le lit de ses parents. Deux ans après sa mort, la pensée du vieux Bouroul, rendu encore plus irrascible par la maladie, continuait à la terroriser. Elle en tremblait encore rien que de repenser aux colères de son père quand elle refusait systématiquement tous les beaux partis qu'il lui avait proposés alors qu'elle aimait secrètement son Francesco. C'est vrai elle aurait préféré avoir une maison rien que pour elle et son Francesco pour y démarrer une nouvelle vie mais cette maison, ils allaient en économiser sous par sous et ils arriveraient à réaliser leur rêve : un grand terrain et une petite maison sur la colline au milieu des fleurs, loin du charroi et de la poussière de la route nationale.

En attendant, puisque sa pauvre mère le proposait, elle accepta la chambre. Il fallait savoir tourner la page de ces mauvais souvenirs. Courageusement, elle alla au cimetière de Caucade annoncer son mariage sur la tombe de son père. "Tu t'inquiétais pour moi. Tu voulais me mettre à l'abris de la misère. Tu verras, avec Francesco, nous réussirons ". Sur ce, elle déposa un bouquet de strelizias au coin de la tombe. Ces plantes, c'était la grande fierté de son père. Il avait réussi à en avoir auprès de la chambre d'agriculture. Venues d'Afrique du Sud, ces oiseaux de paradis s'étaient acclimatés à la douceur des hivers niçois et se vendaient très chers aux hivernants.

Du côté Nespola, malgré toute la diplomatie de Costanza et de Francesco, Michele se facha et refusa d'être témoin du mariage. Honoré était en Algérie, Battiste trop jeune .. le couple décida, pour éviter les jalousies entre familles, de prendre des témoins extérieurs dont leur ami, l'architecte Cagnoli. Le mariage fut discret. Catherine était complexée par son âge. Francesco était attristé par l'absence de Michele et la fin de ses illusions de famille heureuse sur Ginestière. Heureusement, les mères des deux époux, Françoise Falicon et Cattarina Vignola, assises côte à côte, scellaient l'union des familles et surtout quand Vincent conduisit Catherine à l'autel, il fut ébloui de la voir toute menue dans sa robe blanche. Tout tremblants d'émotion, ils prononcèrent les formules traditionnelles et sortir chancelants, éblouis et assourdis par les cloches de l'église Sainte-Hélène.

Comme pour Costanza, ils marchèrent jusqu'à l'auberge Falicon pour une petite collation mais sans danse ni musiciens. Le deuil du père Bouroul était encore dans les esprits.

Le soir du mariage, quand ils se retrouvèrent un peu impressionnés dans leur nouvelle chambre, Francesco sortit timidement deux billets de sa poche, deux places pour "l'Africaine" à l'Opéra.

- Tu es sûr que c'est pour nous ? Je n'oserai jamais aller à l'Opéra. Ce n'est pas pour nous, les paysans.
- Si, c'est l'occasion de mettre une de ces belles robes que tu retailles pour tes clientes. Je suis très fier de t'y emmener !
- mais les chaussures, le sac, le chapeau ??? Comment tu as eu cette idée ? le gronda-t-elle.
- La villa l'Africaine de Monsieur Gambart, ça te dit quelque chose ?
- Oui, celle de la dame un peu bizarre, celle qui peint de grands tableaux dans son jardin. Près de chez nous.
- Cette dame, j'ai travaillé dans son jardin et quand je portais les grands pots sous sa serre, elle peignait de très beaux chevaux. Elle est très gentille et peint beaucoup mieux que ce prétentieux de Ziem. À côté du tableau, sur un guéridon, il y avait ces billets.
- Tu les as volés? demanda Catherine surprise et en colère.
- Non !!! Voleur, moi ? Comment peux-tu penser ça ?

Il faillit partir en claquant la porte mais il était piégé, dans le jardin, Vincent et les amis continuaient à faire la fête. Alors de quoi aurait-il l'air de quitter ainsi sa femme le soir même du mariage ! Décidément cette mauvaise réputation le poursuivait. Entendre ces mots dans la bouche de Cattarina .. C'était injuste. Il se ravisa et se contenta de tourner le dos à Catherine pour fermer les volets de la chambre. En cette nuit de fin avril, les nuits étaient encore fraîches et le froid lui permit de se calmer un peu.

- Ne te fâche pas ! Jamais j'aurais épousé un voleur. Je te fais confiance. Raconte moi, ces billets comment tu les as eus ?
- Elle me les a donnés pour me payer ma journée. elle ne pourra pas y assister. Elle sera à Paris pour une exposition de ses oeuvres.
- Comment ? Tu as osé lui parler, toi simple jardinier.
- C'est elle. Elle est très simple, tout en continuant son tableau, elle m'a posé plein de questions : alors je lui ai avoué qu'avec ma famille nous étions métayers à Ginestière, que le propriétaire allait vendre .. que je cherchais des jardins à entretenir .. que je connaissais les plantes de la serre car j'avais travaillé au jardin d'acclimatation du Var .. que je pourrais peut-être lui être utile pour remettre en état son jardin.
Là elle a posé ses pinceaux et m'a regardé droit dans les yeux. Elle aussi s'est mise à me raconter sa vie. Elle avait eu des hauts et des bas. Petite fille d'un riche commerçant bordelais, abandonnée avec sa mère et ses soeurs par son père, artiste, elle avait connu la misère .. apprentie couturière .. même pas de quoi manger .. puis elle avait retrouvé son père qui l'avait encouragée à peindre .. le succès à dix neuf ans et les expositions .. mais le succès ça va ça vient, elle se sentait vieillir. Avec l'âge elle ne peignait plus aussi vite. Son trait était moins vigoureux. L'argent commençait à lui manquer .. alors elle payait son loyer en tableaux mais Gambart en profitait pour en demander toujours plus alors elle allait quitter cette villa "L'Africaine", c'est le nom de l'opéra. Elle a dit que ça nous fera voyager, les décors sont fantastiques : L'Espagne, L'Afrique, l'Inde .. En plus, l'auteur Meyerbeer habitait Nice quand il a composé cet opéra.

Meyerbeer Africaine Acte4 esquisse Chaperon
Opera de Meyerbeer, L'Africaine Acte4, Décors esquisse Chaperon

Cattarina interrompit Francesco
- Pourquoi elle t'a raconté tout ça cette Dame ? Elle est attirée par ta jeunesse ?
- Sûrement pas ! répondit Francesco en éclatant de rire, c'est une femme libre, elle vit avec une amie. Tu sais les artistes, c'est pas comme nous , l'église, le mariage .. Ces billets, Gambard les lui avait donnés car lui non plus ne peut pas y assister. Tu sais, même si elle ne vit pas comme nous, c'est une femme bien et très simple. Paysan ou aristocrate, elle ne fait pas de différence, ce qui compte pour elle, c'est ce qu'on fait pour la société : je suis un bon jardinier, j'aime les plantes et je sais les soigner, je mérite de réussir. Elle, elle essaie d'être un bon peintre et compte sur l'exposition pour vendre ses tableaux plus cher qu'à Gambart.
- Oui mais moi, j'aurais trop honte d'aller faire l'aristocrate à l’Opéra. Je sais bien que ce n'est pas mon monde. Je sais que toutes ces belles dames se précipitent pour voir le théâtre qui a été entièrement remis à neuf. Le velours des sièges, les grands lustres et les décors me tentent mais je sais que ce n’est pas pour moi. J’aurais bien trop honte. Je n’ai pas l’élégance de ces dames. Par contre si la Jetée Promenade n’avait pas brûlé trois jours après son ouverture, je me serais bien risquée sur ce ponton. Ce palais sur la mer, pendant toute sa construction, ça me faisait rêver. Comme quoi, les rêves faut pas y croire, ça part vite en fumée.

1883, incendie jetée promenade
Inaugurée le 1er avril 1883, la jetée prend feu 3 jours après

- Parle pas comme ça ! Tu es bien nostalgique pour le soir de notre mariage. Moi les rêves, j'y crois encore. La preuve, nous sommes enfin ensemble. Pour l'opera, tu as raison. Je pensais que tout ce beau monde, tu rêvais de le fréquenter, mais tu aurais tord d'avoir honte, tu vaux bien mieux qu'eux. Tu es la femme de mes rêves : courageuse, gentille et toujours le sourire. Je vais rendre les billets. Et puisqu'elle va quitter la villa, peut-être me donnera-t-elle des plantes exotiques. ça a de la valeur et même sans serre, je réussirai à les protéger avec des voiles ou des paillis. Au pire, si elles ne prospèrent pas chez nous, je les revendrai.
Tout ça, on verra demain. Pour l'instant allons nous coucher.

Ce soir là, ils ne firent pas d'excès. L'Eglise recommandait trois jours d'abstinence aux nouveaux mariés sous peine par la suite de ne pas avoir d'enfants. Alors ils se blottirent l'un contre l'autre, déjà heureux d'être ensemble et de commencer une nouvelle vie.


Ceci est la fin du tome 2 qui représente déjà plus de 150 pages.

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Documentation

L'acclimatation des plantes sur la Côte d'Azur

La Société d'Agriculture
La Société d'Agriculture
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strélizias,oiseau de paradis
strélizias, oiseau de paradis,d'origine Sud Africaine, site Gerbeaud
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L'acclimatation des plantes était à la mode au XIXième siècle. Site de la Société Nationale d'Horticulture de France

Les belles villas de la colline de Fabron

Beau document pdf de la Ville de Nice

Rosa Bonheur, une femme libre, peintre animalier

Eugénie-visite-Rosa-Bonheur
Rosa Bonheur, site Wikipedia
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photo bas Fabron 1920
Photo 1920 : 1- l'Abbaye de Rodeland et son cloître, on remarque l'allée de cyprès, 2- la La villa l'Africaine et en 3- le chateau Sainte-Anne. Cliquer sur la photo pour l'agrandir
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aquarelle bas Fabron 1920
Aquarelle à partir de la photo 1920
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Les recensements de Nice

Un site précieux établit les listes alphabétiques de tous les habitants recensés à Nice de 1815 à 1886 à partir des documents des Archives Départementales des Alpes-Maritimes. Voici le lien les tableaux sont en format .ods lisible avec Open Office ou Libre Office. Je viens de découvrir ce site qui m'aurait épargné bien des heures de recherche.

La généalogie familiale dans son état en 1885-1886 :

Le recensement 1886 quartier Barrimasson, à partir de Magnan vers Carras. Ce recensement comporte des erreurs retranscrites en MAJUSCULES.